La radio nuit gravement à la santé du français

Entre deux débats animés par les journalistes de « Forum », je me risque parfois sur d’autres fréquences. Celles-ci, émises par des institutions suisses romandes ou françaises, me donnent pourtant le sentiment tenace d’être en vadrouille Dieu sait où entre Manhattan et Washington. Pourquoi ? Tendez l’oreille et vous constaterez la sous-représentation intolérable de notre langue sur les ondes, au profit – vous l’aurez deviné – de l’anglais.

A l’étranger, l’Hexagone et le Québec imposent des quotas à la radio favorables à la chanson francophone. Quoiqu’on en pense, la musique d’expression française agoniserait sans l’existence de cette réglementation. Les producteurs de disques n’auraient en effet plus aucun intérêt à soutenir les artistes francophones et fabriqueraient davantage encore de starlettes américanisées. Elles ont l’avantage de correspondre aux attentes d’une jeunesse formatée par l’Oncle Sam, culturellement colonisée.

Bien sûr, nul contingent n’est exigé en Suisse. Celle-ci, toujours pressée à homogénéiser un marché jugé trop plurinlingue, détourne le regard devant le déclin de ses langues minoritaires : le français s’affaiblit sous les coups de cantons alémaniques négligeant son apprentissage dans les écoles publiques ; l’italien souffre d’être ostracisé par la Berne fédérale ; le romanche se meurt et recule chaque année. Tous s’anglicisent à une vitesse insensée.

Alors, sur les ondes romandes, les titres du « top ten », à peu près dans l’intégralité anglo-saxons, passent en boucle. Dix, vingt, trente fois par jour. De temps à autre, de la musique française apaise vos oreilles, avant un nouvel assaut. Inutile de préciser que les autres idiomes – et notre monde en compte encore 6000 – sont quasiment censurés.

Le temps s’écoule et l’omniprésence de la langue de Wall Street incite les jeunes à considérer le français comme le symbole d’une culture vieillotte et dépassée. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Radio Lac s’appelle désormais, et c’est à vomir, Yes FM ? Seule Nostalgie, nom ô combien évocateur et lourd de sous-entendus, ose encore défier l’idéologie anglomaniaque.

Je souhaite une radio polyglotte de langue maternelle française pour enfin savourer, outre une majorité de chanson francophone, des airs catalans, des couplets danois, des ballades swahilies, des refrains japonais ou des mélodies wolofes. Le monde ne se résume pas au globish de bas étage. La diversité nous enrichira.

 

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