Quand le Sud exploité distrait le Nord désenchanté

A l’occasion de la sortie en librairie d’un livre relatant l’accident minier de Copiapó, au Chili

Le 5 août 2010, l’on était au cœur de l’été. En cette période de l’année, alors que les directeurs de banques, hommes d’Etat et autres fameuses célébrités se prélassaient sur les plages de la Côté d’Azur, les scandales politico-financiers se raréfiaient. Au demeurant, la crise mondiale ne faisait plus vraiment recette. Ainsi, les médias n’eurent plus grand-chose de médiatique à médiatiser. C’est alors qu’un miracle exclusif se produisit.

A l’autre bout du monde, un effondrement dans une mine emprisonna 33 mineurs dans les entrailles de la terre. Trois dizaines d’hommes jusqu’alors anonymes, exerçant l’un des métiers les plus pénibles et dangereux qui soient, se retrouvaient pris en otages entre l’air libre et les Enfers.

Il n’a pas fallu attendre bien longtemps avant que les journaux, les télévisions et les radios du monde entier (entendez par là : du monde occidental) se saisissent de la nouvelle pour l’ériger en fait d’actualité de pertinence internationale.

Incontestablement, nous souhaitions tous savoir chacun des mineurs resortis sains et saufs de leur cage sous-terraine. Mais cet événement, aussi tragique soit-il, mérite-il vraiment un tel tapage médiatique ?

Le milliard d’êtres humains souffrant de la faim fait-il souvent la une des quotidiens ? Devisons-nous avec autant de verve du sort du peuple nord-coréen ? Des immigrés asiatiques, esclaves modernes, exploités par Doubaï, cette métropole obscène, arrogante et moqueuse du bouleversement climatique ? Qu’en est-il des Amazones dont les terres sont saccagées par les honteuses firmes internationales ? Des Indiens d’Amérique, confinés dans des réserves et décimés par l’alcoolisme ? Et j’en passe, ils sont si nombreux, ces délaissés du développement…

Evidemment, l’industrie capitaliste s’est à son tour emparée de ce fait divers. Le PDG (les conformismes et bien-pensants anglomaniaques m’excuseront de ne pas employer l’infâme acronyme « CEO ») du géant californien à la pomme, aurait ainsi offert des baladeurs audio numériques aux mineurs et un club français de football leur a envoyé des maillots dédicacés par ses joueurs. Voilà une publicité bon marché que certains qualifieront d’altruisme. Au moins, les 33 Chiliens auront-ils l’occasion d’écouter à loisir la symphonie cupide des grands nantis de ce monde, vêtus d’un ridicule bout de tissu fabriqué en Chine par des enfants.

Hollywood s’est également immiscé dans la brèche et projette de produire un film sur les mésaventures des mineurs. Les fonds seront-ils reversés à une quelconque œuvre de charité ? Permettez-moi de demeurer sceptique. Le malheur des uns fait le bonheur des autres n’est pas seulement un proverbe, mais aussi un dogme économique. L’être humain est devenu, bien malgré lui, une vitrine des enseignes internationales.

Enfin, depuis le Vatican, Etat anachronique et dernière monarchie absolue d’Europe de l’Ouest, le Saint-Père a déclaré avoir une « pensée » pour les mineurs, avant de leur envoyer des chapelets qu’il avait au préalable bénis. Je ne savais pas le Pape doué d’un tel humanisme, après les scandales de pédophilie qu’il semble encore considérer comme un petit écart de l’Eglise. Dieu lui-même doit s’en retourner dans sa tombe.

 

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