L’anglais dans les hautes écoles et en entreprise

Chaque jour, dans les petites annonces de grands quotidiens ou sur la Toile, des offres d’emplois d’entreprises dont le siège ou une succursale se situent en Suisse romande sont rédigées exclusivement en anglais, la maîtrise de la langue française n’étant qu’un « atout » pour les postes proposés. Ainsi, Adecco, Logitech, Philip Morris ou encore Novartis exigent de leurs employés d’excellentes connaissances écrites et orales en anglais. Le français est relayé au statut de petite langue populaire et donc superflue au sein d’une entreprise multinationale.

Il est utile de rappeler que les premiers partenaires économiques de la Suisse sont les membres de l’Union européenne, principalement l’Allemagne, la France et l’Italie (voir le graphique ci-dessous). Aucun de ces pays n’est anglophone. Dès lors, quel intérêt y a-t-il à instaurer l’anglais comme langue de travail dans les entreprises suisses ? Et puis, n’est-il pas schizophrène et malhonnête que de laisser des conseils d’administration se tenir en anglais sur notre sol, tout en exigeant des migrants un apprentissage accéléré d’un idiome national ?

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(Source)

Une solution envisageable serait de recourir à des interprètes bilingues. Chaque partie s’exprimerait sans être gênée par la méconnaissance du vocabulaire et de la grammaire anglais. Chacun pourrait développer ses idées avec davantage de précision, la langue maternelle d’un individu étant celle qu’il maîtrise le mieux. Yves Montenay, écrivain et diplômé en sciences politiques, le résume ainsi : « dans sa langue maternelle, on plie sa langue à sa pensée ; dans une langue apprise, on plie sa pensée à sa langue ».

Par ailleurs, une observation inquiétante est à relever : les hautes écoles, les universités et les écoles polytechniques fédérales réservent à l’anglais une place sans cesse plus importante dans leur enseignement.

Ainsi, l’Ecole Hôtelière de Lausanne prévient ses futurs étudiants sur son site Internet que « l’anglais est essentiel, car c’est la langue commune du secteur de l’accueil au niveau international et joue un rôle important dans la vie de l’école. De plus, les conférenciers et les professionnels invités sur le campus s’expriment la plupart du temps en anglais .» Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette école a un sens certain de l’accueil, puisqu’elle accepte même de renier sa propre langue !

L’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne explique pour sa part que « dès votre première année à l’EPFL, vous serez amené à suivre progressivement certains cours en anglais; dès le master, votre formation s’effectuera quasi exclusivement dans cette langue . »

Dans un tel contexte, quel avenir pour la langue française, si elle se retrouve bridée dans les bastions même de l’économie et de la recherche ? N’aura-t-on dans les années qui viennent plus le droit que de travailler, d’étudier en anglais ? N’y aura-t-il plus la possibilité d’exercer une profession ou de suivre une formation dans sa langue maternelle ? En encourageant l’anglais comme seule langue de l’enseignement et du commerce, nous prenons le risque de voir le français peu à peu délaissé, puisqu’il n’arrosera plus le moteur de notre société : l’économie.

 

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