Archive pour 20 avril, 2011

L’anglais dans les hautes écoles et en entreprise

Chaque jour, dans les petites annonces de grands quotidiens ou sur la Toile, des offres d’emplois d’entreprises dont le siège ou une succursale se situent en Suisse romande sont rédigées exclusivement en anglais, la maîtrise de la langue française n’étant qu’un « atout » pour les postes proposés. Ainsi, Adecco, Logitech, Philip Morris ou encore Novartis exigent de leurs employés d’excellentes connaissances écrites et orales en anglais. Le français est relayé au statut de petite langue populaire et donc superflue au sein d’une entreprise multinationale.

Il est utile de rappeler que les premiers partenaires économiques de la Suisse sont les membres de l’Union européenne, principalement l’Allemagne, la France et l’Italie (voir le graphique ci-dessous). Aucun de ces pays n’est anglophone. Dès lors, quel intérêt y a-t-il à instaurer l’anglais comme langue de travail dans les entreprises suisses ? Et puis, n’est-il pas schizophrène et malhonnête que de laisser des conseils d’administration se tenir en anglais sur notre sol, tout en exigeant des migrants un apprentissage accéléré d’un idiome national ?

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(Source)

Une solution envisageable serait de recourir à des interprètes bilingues. Chaque partie s’exprimerait sans être gênée par la méconnaissance du vocabulaire et de la grammaire anglais. Chacun pourrait développer ses idées avec davantage de précision, la langue maternelle d’un individu étant celle qu’il maîtrise le mieux. Yves Montenay, écrivain et diplômé en sciences politiques, le résume ainsi : « dans sa langue maternelle, on plie sa langue à sa pensée ; dans une langue apprise, on plie sa pensée à sa langue ».

Par ailleurs, une observation inquiétante est à relever : les hautes écoles, les universités et les écoles polytechniques fédérales réservent à l’anglais une place sans cesse plus importante dans leur enseignement.

Ainsi, l’Ecole Hôtelière de Lausanne prévient ses futurs étudiants sur son site Internet que « l’anglais est essentiel, car c’est la langue commune du secteur de l’accueil au niveau international et joue un rôle important dans la vie de l’école. De plus, les conférenciers et les professionnels invités sur le campus s’expriment la plupart du temps en anglais .» Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette école a un sens certain de l’accueil, puisqu’elle accepte même de renier sa propre langue !

L’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne explique pour sa part que « dès votre première année à l’EPFL, vous serez amené à suivre progressivement certains cours en anglais; dès le master, votre formation s’effectuera quasi exclusivement dans cette langue . »

Dans un tel contexte, quel avenir pour la langue française, si elle se retrouve bridée dans les bastions même de l’économie et de la recherche ? N’aura-t-on dans les années qui viennent plus le droit que de travailler, d’étudier en anglais ? N’y aura-t-il plus la possibilité d’exercer une profession ou de suivre une formation dans sa langue maternelle ? En encourageant l’anglais comme seule langue de l’enseignement et du commerce, nous prenons le risque de voir le français peu à peu délaissé, puisqu’il n’arrosera plus le moteur de notre société : l’économie.

Quand le Sud exploité distrait le Nord désenchanté

A l’occasion de la sortie en librairie d’un livre relatant l’accident minier de Copiapó, au Chili

Le 5 août 2010, l’on était au cœur de l’été. En cette période de l’année, alors que les directeurs de banques, hommes d’Etat et autres fameuses célébrités se prélassaient sur les plages de la Côté d’Azur, les scandales politico-financiers se raréfiaient. Au demeurant, la crise mondiale ne faisait plus vraiment recette. Ainsi, les médias n’eurent plus grand-chose de médiatique à médiatiser. C’est alors qu’un miracle exclusif se produisit.

A l’autre bout du monde, un effondrement dans une mine emprisonna 33 mineurs dans les entrailles de la terre. Trois dizaines d’hommes jusqu’alors anonymes, exerçant l’un des métiers les plus pénibles et dangereux qui soient, se retrouvaient pris en otages entre l’air libre et les Enfers.

Il n’a pas fallu attendre bien longtemps avant que les journaux, les télévisions et les radios du monde entier (entendez par là : du monde occidental) se saisissent de la nouvelle pour l’ériger en fait d’actualité de pertinence internationale.

Incontestablement, nous souhaitions tous savoir chacun des mineurs resortis sains et saufs de leur cage sous-terraine. Mais cet événement, aussi tragique soit-il, mérite-il vraiment un tel tapage médiatique ?

Le milliard d’êtres humains souffrant de la faim fait-il souvent la une des quotidiens ? Devisons-nous avec autant de verve du sort du peuple nord-coréen ? Des immigrés asiatiques, esclaves modernes, exploités par Doubaï, cette métropole obscène, arrogante et moqueuse du bouleversement climatique ? Qu’en est-il des Amazones dont les terres sont saccagées par les honteuses firmes internationales ? Des Indiens d’Amérique, confinés dans des réserves et décimés par l’alcoolisme ? Et j’en passe, ils sont si nombreux, ces délaissés du développement…

Evidemment, l’industrie capitaliste s’est à son tour emparée de ce fait divers. Le PDG (les conformismes et bien-pensants anglomaniaques m’excuseront de ne pas employer l’infâme acronyme « CEO ») du géant californien à la pomme, aurait ainsi offert des baladeurs audio numériques aux mineurs et un club français de football leur a envoyé des maillots dédicacés par ses joueurs. Voilà une publicité bon marché que certains qualifieront d’altruisme. Au moins, les 33 Chiliens auront-ils l’occasion d’écouter à loisir la symphonie cupide des grands nantis de ce monde, vêtus d’un ridicule bout de tissu fabriqué en Chine par des enfants.

Hollywood s’est également immiscé dans la brèche et projette de produire un film sur les mésaventures des mineurs. Les fonds seront-ils reversés à une quelconque œuvre de charité ? Permettez-moi de demeurer sceptique. Le malheur des uns fait le bonheur des autres n’est pas seulement un proverbe, mais aussi un dogme économique. L’être humain est devenu, bien malgré lui, une vitrine des enseignes internationales.

Enfin, depuis le Vatican, Etat anachronique et dernière monarchie absolue d’Europe de l’Ouest, le Saint-Père a déclaré avoir une « pensée » pour les mineurs, avant de leur envoyer des chapelets qu’il avait au préalable bénis. Je ne savais pas le Pape doué d’un tel humanisme, après les scandales de pédophilie qu’il semble encore considérer comme un petit écart de l’Eglise. Dieu lui-même doit s’en retourner dans sa tombe.

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