Archive pour avril, 2011

Le petit-fils d’Elisabeth et la roturière ennoblie

« Voulez-vous prendre cette femme pour épouse, vivre ensemble dans le respect de la loi divine et les liens sacrés du mariage ? Promettez-vous de l’aimer, de la chérir, de l’honorer et de lui être loyal, dans la santé et la maladie ? Et, renonçant à toute autre, de lui rester toujours fidèle, tout au long de votre vie ? »

Aux allures aujourd’hui tragiquement désuètes, ces paroles du ministre de Dieu en firent rêver plus d’un : elles permettaient le plus beau « oui » que l’on puisse murmurer de sa vie, ému aux larmes devant le Christ. Les temps changent et au XXIe siècle suisse, plus d’un mariage sur deux se termine au tribunal plutôt que dans la tombe. L’union sacrée fait maintenant moins fantasmer que l’Euromillions. Qui suis-je pour en juger ? Personne et là n’est pas mon intention.

Cependant, les noces du prince William font la une de tous les journaux. Qu’il soit question des quotidiens les plus sérieux ou du plus exécrable des magazines de boulevard, ils insistent unanimement sur l’importance de l’événement. On nous prédit deux milliards de téléspectateurs et le mariage du siècle.

La presse redécouvre naïvement l’adoration aveugle des Britanniques pour leur monarchie. On nous abreuve de sondages : « Les Anglais approuvent à plus de 70 % le règne d’Elisabeth II ». On nous assomme de fausses exclusivités : « La Chambre des Lords n’est pas élue par le peuple ». Qu’importe ! Après tout, si nos voisins d’outre-Manche souhaitent être « représentés » par des parvenus, libres à eux et il s’agit de leur bon droit.

Dans le fond, où trouver l’origine d’un tel raffut ? Peut-être voyons-nous à travers « Will et Kate » l’incarnation d’un idéal moderne. Ne sont-ils pas jeunes, riches, élégants, nés au sein de bonnes familles ? A nos yeux, ce couple presque divin ne trouvera jamais de rivaux valables parmi la populace, laquelle nous semble grossière, inculte, superficielle. Voilà donc ce qui nous fascine vraiment : l’inégalable savoir-vivre des aristocrates. Tant de raffinement, de rituels religieux sont envoûtants pour une société déchristianisée et individualiste.

Tout de même, si la première page des gazettes est cédée aux épousailles du petit-fils aîné d’une souveraine obsolète, admettons qu’il s’agit du reflet de notre monde matérialiste, toujours insatisfait et en quête de nouveaux frissons. Si l’on en croit les articles de certains journalistes, les noces de quelque prince revêtent désormais autant d’importance, si ce n’est davantage, que la lutte pour la démocratie ou une catastrophe nucléaire. Le XXIe siècle sera creux ou ne sera pas. Adieu Fukushima et Benghazi, bonjour Buckingham Palace.

Patois, m’entends-tu ?

tintinpatois.jpg

« On a on bin galé canton,
Dâi vé, dâi vatse, dâi muton,
Dâi tsamouê, dâo brotsi, dâi cygne,
Dâi lé, dâi verdzi, dâi boûx,
Pî on glacê âo Diablerets,
Dâo tabac, dâo bllia, dâi vegne.
Mâ, dzalâo, on bon Dzenevois
M’a de avoué on è moquéran :
« Permetta ! vouû vo demanda auque :
Du san vutron rio freintsamein ? »
L’avâi reubllia tot seimpllemein…
La Venodze…

On rio, assebin, l’è de l’iguie
Que côle avoué on galé niveau.
Tot parâi, n’è min lou Rio Dzauno
Mâ, l’è bin noûtro, l’è tot vaudois
Du que clliau bon Dzenevois
N’an qu’on petit bè dâo Rhône.
L’è quemet cin « Il est à nous le Rhin »
Clliau tsan d’on « peuple souverain »
L’è tot faux, câ lou Rhin s’ein va pllie liein,
Vire ein France, dein lou Payi d’Avau.
Mâ li, li resta inque…
La Venodze…

Faut ître dâi bon lulu
Po la suivre d’amon ein avau.
On a bin dâo coradzo
Porquié ne va pas tot drâi ;
Coumeince a veri decé è delé,
Liein dâi cabaret, liein dâi veladzo.
Se prein son pllâisi a mûsa,
A sé gofllia, a fare dâi cambelioutse
Caprichâosa quemet na tirelodze.
Montra mimamein a tot lè dzein
Dâi photos dâo Colorado…
La Venodze… »

[Par Jean Villard Gilles, traduction patoise de Michel Porret]

La Venoge. N’est-ce donc pas là, sinon le plus célèbre, au mois l’un des plus connus de tous les poèmes suisses romands ? Mais si grandioses que soient les vers de Gilles, ils ne feront pas l’objet de ce texte. Le patois vaudois lui ravira l’attention. Elle peut bien pour une fois lui être accordée, lui qui est moribond. Seule une poignée de passionnés causent encore aujourd’hui le parler ancestral des Vaudois.

Mais comment diable une langue peut-elle se laisser mourir ? S’agit-il d’une sélection naturelle, qui laisserait les idiomes chétifs et arriérés s’éteindre ? Voilà qui n’est sûrement pas aussi simple.

En effet, le trépas des cultures auquel nous assistons aujourd’hui, d’une ampleur historiquement inédite, n’est aucunement un phénomène ordinaire. Bien sûr, des langues sont mortes par le passé. L’exemple sans doute le plus connu en Occident est le latin, lequel a donné naissance à quantités d’autres parlers : le français, l’occitan, l’espagnol, le roumain, le portugais, le catalan, l’italien, pour n’en citer que quelques-uns. Cependant, de nos jours, l’anéantissement des langues est diluvien : le basque se barricade pour résister aux assauts de ses deux grandes voisines. Le romanche, cerné par les dialectes suisses alémaniques, ne vit presque plus que grâce aux subventions coupables de la Confédération. Mais, plus gravement encore, l’anglais affiche sans vergogne ses visées néo-colonialistes. Il absorbe les idiomes indiens d’Amérique du Nord, torture le gaélique et décime les langues aborigènes d’Australie. Les communautés marginales se voient souvent forcées d’adopter la langue du plus fort : comment un francophone de Louisiane pourrait-il trouver du travail ou mener à bien ses études s’il ne parlait que la langue de ses aïeux ?

Le canton de Vaud qui m’a vu naître a refoulé une partie de son identité autrefois, abdiquant face à la langue dominante de l’époque. Cette contrée fut pendant plus de deux siècles, depuis 1536 jusqu’à 1798, sous le joug de Berne. Celle-ci imposa aux Vaudois sa religion et sa bureaucratie, mais leur laissa la liberté de continuer à parler leur propre langue, une variante du franco-provençal. Cette langue, dont le peuple était séparé par des barrières politiques, se parlait, outre le canton de Vaud ; en France : le sud de la Franche-Comté, l’Ain, le Lyonnais, le Forez, le Dauphiné et la Savoie ; en Italie : le val d’Aoste, la partie supérieure des vallées piémontaises entre Aoste et Suse ; en Suisse : en Valais, à Genève, Fribourg, Neuchâtel et une frange du Jura méridional.

Malgré le choix de la langue laissé par les Bernois, la haute société des villes abandonna dès le début du XVIIIe le parler ancestral et adopta le français, jugé plus prestigieux. Le processus s’acheva à la fin du siècle à Lausanne, peu après la Révolution française qui répandit l’idée d’un idiome unique.

Puis, de sa propre initiative, le canton de Vaud interdit la langue régionale à l’école dès 1806, après avoir acquis son indépendance : « Les régents interdiront à leur écoliers, et s’interdiront absolument à eux-mêmes, l’usage du patois, dans les heures d’école et en général, dans tout le cours de l’enseignement. » (Arrêté du 26 octobre 1806 du Petit Conseil). Les enfants étaient battus par leur professeur s’ils s’aventuraient à s’exprimer en langue vulgaire. Il n’est pas nécessaire d’expliciter que lorsqu’une langue cesse d’être transmise dans les écoles, ses chances de survie sont bien maigres.

C’est ainsi que le franco-provençal vivotera après son interdiction jusqu’au milieu du XXe dans les régions les plus reculées. L’irruption de la radio dans la vie quotidienne de la population, émise en français, ainsi que l’exode rural et le déclin de l’agriculture sonneront le glas du patois.

Néanmoins, même après la chute (irréversible ?) du vieux langage, les mots et expressions régionaux restèrent répandus : septante, huitante et nonante en sont certes les spécimens les plus courants, mais des dizaines d’autres teintent le français d’une délicieuse couche locale : s’encoubler (trébucher), gouille (flaque d’eau) ou encore crousille (tirelire).

Ailleurs en Suisse, le franco-provençal ne se transmet guère plus de génération en génération que dans une seule commune valaisanne : Evolène. Sa situation géographique, coupant le village à toute influence extérieure avant la modernisation du Vieux-Pays, explique cette exception. Si le patois vaudois n’est plus, l’une de ses sœurs garde donc la tête haute. Celle-ci survivra-t-elle au XXIe siècle ? Rien n’est encore gagné, la communauté de patoisants n’étant peut-être pas suffisamment grande pour assurer son avenir. Mails il reste l’espoir. Et il fait vivre.

Pour en savoir davantage sur le vieux parler du Pays de Vaud, cliquez ici.

Lorsque l’éternité touche à sa fin

Je vous écris depuis Lindau, une île à l’atmosphère enchanteresse, trônant sur les eaux bavaroises du lac de Constance. L’endroit semble intemporel, le panorama, offrant une vue imprenable sur les monts Appenzell, laisserait rêveur le démon. L’Histoire y est peut-être pour quelque chose, la ville portuaire étant l’une des rares en terre tudesque à ne pas avoir subi les ravages des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, conséquences des délires d’une époque brunement malade.

Pourquoi, me demanderez-vous ? Eh bien, la cité insulaire ne disposant pas d’industrie moderne, les Alliés trouvèrent bien peu de raisons pour la vandaliser. Et, surtout, elle ne se situait qu’à quelques encablures des frontières helvétiques, un autre îlot, neutre celui-là. Il aurait donc été fâcheux que des projectiles meurtriers terrorisent les bourgades suisses, officiellement impartiales et pacifiques.

Lindau, de l’allemand « Linde », signifiant tilleul, l’arbre de la liberté qui est aussi son symbole, fut ainsi épargnée. Elle est fière d’affirmer aujourd’hui être une destination touristique de premier choix ; ruelles proprettes, restaurants typiques, magasins de souvenirs kitchs, économie prospère rimant avec un chômage presque inexistant. De premier choix, mais surtout pour le troisième âge de l’Europe vieillissante. En vous baladant sur les quais de l’île au cœur de l’été, vous remarquerez vite que les vadrouilleurs sont issus dans leur immense majorité des générations les plus âgées.

L’Allemagne immuable, celle des traditions, trouve peut-être ici l’un de ses derniers refuges. L’architecture moderne anarchique n’y a pas droit de cité, la fête de la bière se célèbre chaque année honorablement alors que le costume folklorique est revenu à la mode.

Tout de même, cette Allemagne goethéenne et livresque s’effrite. N’est-ce pourtant pas la signature de notre temps que de le voir s’uniformiser inexorablement sur les cinq continents ? Chacun sait que le modernisme forcément bienfaiteur s’arrête à toutes les gares et un pont ferroviaire relie ainsi Lindau jadis la Libre au continent depuis plus d’un siècle, mettant fin à son indépendance de la même manière que le tunnel sous la Manche rendit nostalgiques bien des Britanniques. Désormais, les hamburgers font concurrence à la sacro-sainte panierte Schnitzel.

Il ne faudra pas longtemps pour que le tourisme de masse assassine l’âme de la ville aux tilleuls. Quel terroir sur terre pourrait bien lutter contre la muséification de son patrimoine ou son affectation aux seuls divertissements ? Sa conversion perverse en curiosité touranienne le guette, peu avant que ses héritiers ne s’y résignent, ne le quittent et laissent son éventreur sadique savourer son œuvre.

Le petit port de Bavière, sous des allures resplendissantes, courbe lentement l’échine devant la puissance du capitalisme écervelé et de l’anglomanie sous sa forme la plus grotesquement mondialisée. Son phare médiéval a été transformé en chambre d’hôtes ouverte aux vacanciers curieux – et fortunés. Au temps des beaux jours, la Seepromenade s’encombrent de magiciens de pacotilles et d’excités déguisés en Charlie Chaplin, suppliant le passant de leur abandonner une pièce. Les hôtels se multiplient, le prix de l’immobilier explose, obligeant les locaux à fuir l’île pour rejoindre le continent, plus abordable.

La langue de l’Oncle Sam conquiert péniblement, mais avec un acharnement belliqueux, les enseignes des boutiques, les affiches, les cartes des auberges. La chaîne de restauration rapide la plus expansionniste qui soit fournit l’île en malbouffe, soutenant fraternellement l’avancée terrifiante de l’obésité au pays des frères Grimm.

Les spécificités qui rendaient Lindau si charmante, comme celles des autres villes de par le monde où les routards aiment faire une halte, résisteront un temps encore, avant de s’écrouler, incapables de tenir bon davantage face aux croisades impérialistes.

A l’image de notre « Riviera » vaudoise, violée par le béton, falsifiée par les casinos, les palmiers importés et les palaces de plastique doré, souillée par l’argent crasseux des nouveaux riches, Lindau s’oublie. A l’image de Zermatt, d’antan village montagnard et patoisant, où les mayens se dressaient dignement face à un Cervin encore vierge d’éclairs photographiques et aujourd’hui allées corrompues de chalets ruineux, Lindau s’endort. A l’image d’Interlaken, des contrées provençales et bretonnes, des îles Baléares, de celle de Bali, de la cité des Doges et des plages adriatiques, Lindau se meurt.

Un jour, un homme de la région me dit : « Lindau ist nicht die Welt » (Lindau n’est pas le monde). Incontestablement. Mais elle en est le miroir.

L’anglais dans les hautes écoles et en entreprise

Chaque jour, dans les petites annonces de grands quotidiens ou sur la Toile, des offres d’emplois d’entreprises dont le siège ou une succursale se situent en Suisse romande sont rédigées exclusivement en anglais, la maîtrise de la langue française n’étant qu’un « atout » pour les postes proposés. Ainsi, Adecco, Logitech, Philip Morris ou encore Novartis exigent de leurs employés d’excellentes connaissances écrites et orales en anglais. Le français est relayé au statut de petite langue populaire et donc superflue au sein d’une entreprise multinationale.

Il est utile de rappeler que les premiers partenaires économiques de la Suisse sont les membres de l’Union européenne, principalement l’Allemagne, la France et l’Italie (voir le graphique ci-dessous). Aucun de ces pays n’est anglophone. Dès lors, quel intérêt y a-t-il à instaurer l’anglais comme langue de travail dans les entreprises suisses ? Et puis, n’est-il pas schizophrène et malhonnête que de laisser des conseils d’administration se tenir en anglais sur notre sol, tout en exigeant des migrants un apprentissage accéléré d’un idiome national ?

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(Source)

Une solution envisageable serait de recourir à des interprètes bilingues. Chaque partie s’exprimerait sans être gênée par la méconnaissance du vocabulaire et de la grammaire anglais. Chacun pourrait développer ses idées avec davantage de précision, la langue maternelle d’un individu étant celle qu’il maîtrise le mieux. Yves Montenay, écrivain et diplômé en sciences politiques, le résume ainsi : « dans sa langue maternelle, on plie sa langue à sa pensée ; dans une langue apprise, on plie sa pensée à sa langue ».

Par ailleurs, une observation inquiétante est à relever : les hautes écoles, les universités et les écoles polytechniques fédérales réservent à l’anglais une place sans cesse plus importante dans leur enseignement.

Ainsi, l’Ecole Hôtelière de Lausanne prévient ses futurs étudiants sur son site Internet que « l’anglais est essentiel, car c’est la langue commune du secteur de l’accueil au niveau international et joue un rôle important dans la vie de l’école. De plus, les conférenciers et les professionnels invités sur le campus s’expriment la plupart du temps en anglais .» Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette école a un sens certain de l’accueil, puisqu’elle accepte même de renier sa propre langue !

L’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne explique pour sa part que « dès votre première année à l’EPFL, vous serez amené à suivre progressivement certains cours en anglais; dès le master, votre formation s’effectuera quasi exclusivement dans cette langue . »

Dans un tel contexte, quel avenir pour la langue française, si elle se retrouve bridée dans les bastions même de l’économie et de la recherche ? N’aura-t-on dans les années qui viennent plus le droit que de travailler, d’étudier en anglais ? N’y aura-t-il plus la possibilité d’exercer une profession ou de suivre une formation dans sa langue maternelle ? En encourageant l’anglais comme seule langue de l’enseignement et du commerce, nous prenons le risque de voir le français peu à peu délaissé, puisqu’il n’arrosera plus le moteur de notre société : l’économie.

Quand le Sud exploité distrait le Nord désenchanté

A l’occasion de la sortie en librairie d’un livre relatant l’accident minier de Copiapó, au Chili

Le 5 août 2010, l’on était au cœur de l’été. En cette période de l’année, alors que les directeurs de banques, hommes d’Etat et autres fameuses célébrités se prélassaient sur les plages de la Côté d’Azur, les scandales politico-financiers se raréfiaient. Au demeurant, la crise mondiale ne faisait plus vraiment recette. Ainsi, les médias n’eurent plus grand-chose de médiatique à médiatiser. C’est alors qu’un miracle exclusif se produisit.

A l’autre bout du monde, un effondrement dans une mine emprisonna 33 mineurs dans les entrailles de la terre. Trois dizaines d’hommes jusqu’alors anonymes, exerçant l’un des métiers les plus pénibles et dangereux qui soient, se retrouvaient pris en otages entre l’air libre et les Enfers.

Il n’a pas fallu attendre bien longtemps avant que les journaux, les télévisions et les radios du monde entier (entendez par là : du monde occidental) se saisissent de la nouvelle pour l’ériger en fait d’actualité de pertinence internationale.

Incontestablement, nous souhaitions tous savoir chacun des mineurs resortis sains et saufs de leur cage sous-terraine. Mais cet événement, aussi tragique soit-il, mérite-il vraiment un tel tapage médiatique ?

Le milliard d’êtres humains souffrant de la faim fait-il souvent la une des quotidiens ? Devisons-nous avec autant de verve du sort du peuple nord-coréen ? Des immigrés asiatiques, esclaves modernes, exploités par Doubaï, cette métropole obscène, arrogante et moqueuse du bouleversement climatique ? Qu’en est-il des Amazones dont les terres sont saccagées par les honteuses firmes internationales ? Des Indiens d’Amérique, confinés dans des réserves et décimés par l’alcoolisme ? Et j’en passe, ils sont si nombreux, ces délaissés du développement…

Evidemment, l’industrie capitaliste s’est à son tour emparée de ce fait divers. Le PDG (les conformismes et bien-pensants anglomaniaques m’excuseront de ne pas employer l’infâme acronyme « CEO ») du géant californien à la pomme, aurait ainsi offert des baladeurs audio numériques aux mineurs et un club français de football leur a envoyé des maillots dédicacés par ses joueurs. Voilà une publicité bon marché que certains qualifieront d’altruisme. Au moins, les 33 Chiliens auront-ils l’occasion d’écouter à loisir la symphonie cupide des grands nantis de ce monde, vêtus d’un ridicule bout de tissu fabriqué en Chine par des enfants.

Hollywood s’est également immiscé dans la brèche et projette de produire un film sur les mésaventures des mineurs. Les fonds seront-ils reversés à une quelconque œuvre de charité ? Permettez-moi de demeurer sceptique. Le malheur des uns fait le bonheur des autres n’est pas seulement un proverbe, mais aussi un dogme économique. L’être humain est devenu, bien malgré lui, une vitrine des enseignes internationales.

Enfin, depuis le Vatican, Etat anachronique et dernière monarchie absolue d’Europe de l’Ouest, le Saint-Père a déclaré avoir une « pensée » pour les mineurs, avant de leur envoyer des chapelets qu’il avait au préalable bénis. Je ne savais pas le Pape doué d’un tel humanisme, après les scandales de pédophilie qu’il semble encore considérer comme un petit écart de l’Eglise. Dieu lui-même doit s’en retourner dans sa tombe.

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